Conseils express
- Dites le nom d'une personne dans une pièce où elle n'est pas.
- Nommez précisément ce qu'elle a fait, devant son responsable.
- Faites la présentation que vous auriez pu garder pour vous.
Un poste s'est ouvert le mois dernier et il est allé à quelqu'un pour qui, visiblement, tout était déjà arrangé. Vous aimeriez comprendre comment ce genre d'arrangement se met en place, parce que la prochaine fois, vous aimeriez bien être du bon côté.
La réponse honnête n'a rien à voir avec les jeux de pouvoir, et rien à voir avec la chance. Des semaines avant que ce poste soit couché sur le papier, trois ou quatre personnes avaient déjà prononcé ce nom à voix haute, dans des pièces où il n'y avait aucun candidat. Et si elles l'ont fait, c'est parce que cette personne avait passé des années à faire exactement la même chose pour les autres.
Voilà le mécanisme, et ce n'est pas une porte fermée. C'est une habitude, elle vous est accessible dès aujourd'hui, à n'importe quel niveau, et elle ne demande ni budget ni autorité. C'est aussi le geste que presque personne n'apprend, parce qu'on nous dit à tous de chercher un mentor et que presque personne ne nous explique ce qu'est un parrain. Voici de quoi il est fait.
Pourquoi certaines personnes sont-elles choisies avant même que le poste soit publié ?
Parce que les responsables du recrutement demandent autour d'eux avant de rédiger l'annonce, et que les noms qui remontent sont ceux que quelqu'un sait décrire en une seule phrase précise. Une annonce, la plupart du temps, c'est ce qui arrive quand personne dans la pièce n'avait déjà un nom en tête.
Pensez à la façon dont la question se pose vraiment. Quelqu'un lance "il va nous falloir un responsable là-dessus, qui est bon ?" et trois personnes répondent de mémoire en environ quatre secondes. Personne ne fait défiler un logiciel d'évaluation. Chacun va chercher celui ou celle dont il peut se porter garant à voix haute. Autrement dit, la monnaie d'échange n'est pas votre qualité, c'est la capacité de quelqu'un d'autre à décrire votre qualité sans rien préparer.
C'est pour cela qu'un travail excellent et discret peut ne mener nulle part pendant des années. Le travail n'est pas le goulot d'étranglement. Le goulot d'étranglement, c'est que personne dans cette conversation n'avait de phrase toute prête à votre sujet.
Quelle est la différence entre un mentor et un parrain ?
Un mentor vous parle. Un parrain dit votre nom dans une pièce où vous n'êtes pas. La plupart des gens n'ont jamais reçu que le premier mot, et c'est pour cela qu'ils continuent d'inviter des personnes plus expérimentées à prendre un café, alors que ce dont ils ont besoin, c'est de quelqu'un qui plaide pour eux autour d'une table.
Les deux sont utiles et ils ne sont pas interchangeables. Un mentor vous donne des conseils, du recul et le bénéfice de ses propres cicatrices. Un parrain, lui, dépense sa crédibilité pour vous : il avance votre nom, il prend le risque que vous ne soyez pas à la hauteur, et il en paie le prix si c'est le cas. Catalyst, l'organisme de recherche sur les femmes au travail, le dit sans détour : le mentorat est essentiel au développement du leadership, mais le mentorat seul ne suffit pas à faire progresser les femmes. La recherche de Harvard Business Review sur les écarts de promotion s'ouvre sur une cadre à qui son entreprise avait offert tous les mentors possibles pendant douze ans, et dont le verdict personnel était qu'on l'avait mentorée à mort.
Une fois que vous voyez la différence, vous voyez ce qui manque dans votre propre carrière. Et vous voyez aussi ce que vous êtes en mesure d'offrir à quelqu'un d'autre dès cette semaine, sans demander la permission à personne.
Qui devrais-je parrainer, et comment m'y prendre concrètement ?
Choisissez une personne moins expérimentée que vous, dont vous savez décrire le travail avec exactitude, et dites son nom la prochaine fois qu'une décision touche à son domaine. Tout le geste tient en une phrase, avec une réussite précise attachée, dite à quelqu'un qui peut en faire quelque chose.
Il n'y a besoin d'aucun titre pour cela. Il faut simplement avoir observé quelqu'un d'assez près pour pouvoir dire ce qu'il a fait. Concrètement, en réunion de planification, cela donne ceci : "Si on constitue l'équipe pour la refonte de l'accueil des dossiers, c'est Marcus qui devrait la mener. Il a réglé le problème des doublons le trimestre dernier et le volume du support a baissé d'un cinquième." Douze secondes. Aucune permission requise. Voilà ce qu'est le parrainage, et la personne concernée n'en entendra très probablement jamais parler.
Tenez une liste courte. Une page de carnet avec quatre ou cinq noms, des gens pour le travail desquels vous mettriez votre propre crédibilité en jeu, et une note sur ce que chacun a fait exactement. Ensuite, dépensez un de ces noms chaque trimestre, délibérément, dans une pièce où il peut porter. C'est une pratique assez petite pour survivre à un mauvais mois, et c'est précisément ce qui en fait une habitude de vingt ans plutôt qu'une bonne intention.
Le fondateur de KEEP CALM décrit cela comme l'un des secrets de sa propre réussite, et il précise qu'il l'a pratiqué pendant toute la montée, et non une fois arrivé en haut : cherchant sans cesse des occasions d'accompagner, de former, de conseiller, d'élever, de féliciter et de défendre les gens de son entourage. Il dit que le soutien qui lui est revenu a été décuplé. C'est son récit de ses propres vingt ans, pas une loi sur laquelle vous pourriez faire vos calculs. Ce que cela montre, en revanche, c'est que cette pratique a sa place tôt, quand vous manquez encore vous-même de leviers, et pas dans un chapitre de la fin.
Que dire quand je félicite quelqu'un en public ?
Nommez la personne, nommez précisément ce qu'elle a fait, et nommez ce qui a changé grâce à cela. "Beau travail" n'est que du bruit. "Ana a réécrit le parcours d'accueil des dossiers et notre temps de réponse a été divisé par deux" est une phrase que les gens répètent, et ce sont les phrases répétées qui fabriquent vraiment les réputations.
La précision, c'est toute la différence entre un compliment qui est un cadeau et un compliment qui n'est qu'un réflexe. Un éloge vague ne coûte rien à celui qui le donne et n'apporte rien à celui qui le reçoit, et il signale discrètement que vous ne regardiez pas de très près. La version précise, elle, prouve l'attention. Et l'attention de quelqu'un placé plus haut que vous est assez rare pour qu'on se souvienne, des années plus tard, de qui l'a accordée.
Dites-le devant les personnes dont l'opinion compte vraiment pour elle. Gallup a demandé à des salariés d'où venait la reconnaissance dont ils se souvenaient le mieux : 28% ont cité leur responsable direct et 24% un dirigeant de haut niveau ou le directeur général. Les gens capables d'agir sur ce que vous dites sont ceux qui se trouvent au-dessus d'elle, et c'est donc à ces oreilles-là que la phrase s'adresse. Dite à son responsable, ou dans une pièce où se trouve le responsable de son responsable, une seule phrase de votre part peut être la chose la plus précieuse de son année, et elle ne vous coûte rien qui vous manquera.
Comment recommander quelqu'un sans mettre mon propre nom en jeu ?
Recommandez la chose précise, pas la personne entière. "Je lui confierais la revue des fournisseurs sans hésiter, elle a mené la nôtre et elle est restée sous le budget" est précis, défendable et vrai, et cela vous évite de vous porter garant d'une chose que vous n'avez jamais vue.
C'est la peur qui arrête la plupart des gens, et c'est une peur raisonnable, parce que le parrainage met réellement votre crédibilité en jeu. La réponse n'est pas d'être plus vague, elle est d'être plus étroit. Limitez votre affirmation à ce que vous avez observé, dites sur quoi elle repose, et laissez la pièce tirer ses propres conclusions sur tout le reste. De toute façon, une recommandation étroite qui contient un fait convainc bien plus qu'un soutien large, parce qu'elle sonne comme quelqu'un qui était vraiment là.
Deux garde-fous pratiques. Ne parrainez pas quelqu'un que vous n'avez pas vu travailler, aussi sympathique soit-il. Et dites-le une fois, bien, plutôt que de le répéter, parce qu'un plaidoyer qui revient toutes les semaines cesse d'être une information et devient une habitude que les gens finissent par ne plus entendre.
Défendez la personne qui ne le saura jamais
Les deux derniers gestes sont ceux qui prouvent que tout ceci n'est pas un calcul. Faites la présentation que vous auriez pu garder pour vous : un courriel, deux personnes, une phrase sur ce que chacune a à y gagner. Cela ne vous coûte rien, sinon la petite vanité d'être le seul lien entre elles. Ensuite, au moins de temps en temps, défendez quelqu'un qui n'a rien demandé, qui ne l'apprendra jamais, et qui ne pourra rien vous rendre.
Ce dernier point compte plus qu'il n'en a l'air. Un article sur la générosité stratégique qui ne nomme jamais la version sans témoin décrit une transaction, et les lecteurs sentent une transaction à des kilomètres. Si les seuls noms que vous prononcez sont des noms qui peuvent vous renvoyer l'ascenseur, la pièce s'en aperçoit plus vite que vous ne le croyez, et tout le mécanisme cesse de fonctionner. Le faire quand personne ne compte les points, c'est aussi la version qui change votre façon de lire une pièce : vous commencez à remarquer qui a fait le vrai travail, ce qui vous rend meilleur dans votre propre métier.
La pratique est donc petite et elle commence cette semaine. Écrivez quatre noms. Dites l'un d'eux dans une pièce où cette personne n'est pas, avec la chose précise attachée. Envoyez la présentation que vous remettez à plus tard depuis un moment. Puis retournez à votre propre travail, plus dur qu'avant, parce que rien de tout cela ne remplace le fait d'être excellent. C'est ce qui rend votre excellence lisible pour celles et ceux qui décident, et c'est la raison pour laquelle certains noms sont déjà dans la pièce avant même que le poste soit publié.